Voyage à vélo en Arctique (1/3)

Après une semaine de repos suite au championnat de France, j’ai entrepris de refaire une base de foncier d’une manière inédite. J’avais envie de changer complètement d’environnement pour enchaîner les kilomètres. Avec mon ami hollandais Jacob, compagnon de voyage au Japon, nous avons planifié un circuit itinérant d’une semaine partant de Kiruna dans l’extrême nord de la Suède, passant par les fameuses îles Lofoten et la ville de Tromsø, situé bien au nord du cercle polaire.

Un superbe périple, 6 jours de voyage, 950kms parcourus.

L’idée était de voyager le plus léger possible. Pas équipé pour ce genre de périple, j’ai opté pour un simple sac à dos, pesant environ 4kgs. Jacob avait une sacoche sous la selle (≈5kgs). Nous avions réservé des petits chalets dans des campings, et une nuit d’hôtel à Tromsø. Inutile donc de se charger de tente, sac de couchage, ou d’accessoires de cuisine. Je pouvais ainsi me rapprocher de conditions d’entraînement « normales », dans un décor exceptionnel…

Petit reportage étape par étape, avec des photos prises « à la volée ».

Un autre France pro de bouclé !

Les années filent… c’est déjà ma 4ème saison au niveau continental, expatrié dans des équipes suédoises. Dimanche dernier, je prenais le départ de mon 3ème championnat de France pro après ceux de 2014 et 2016 (j’avais disputé le championnat de Suède en 2015).

Présentation des coureurs le vendredi soir. Ici, avec les autres coureurs d’équipes continentales étrangères

C’est un beau rendez-vous, l’évènement est de taille, le public nombreux, et le maillot tricolore représente un enjeu majeur pour beaucoup de coureurs. Pour ma part, je ne me donne pas d’objectif ambitieux. Comme chaque saison à cette période, je connais une baisse de forme. Peu importe ce que je fais avant dans la saison, c’est toujours fin juin-début juillet que j’accuse le coup, et subis des crampes en course, ce qui ne m’arrive jamais tout le reste de la saison.

J’avais un petit espoir cette année de décaler ma période de forme, après avoir été au repos forcé durant le mois de mars, mais cela n’a rien changé. J’ai moins marché en avril que d’habitude, reprise oblige, puis connu une longue période de forme de début mai à la mi-juin. Comme les saisons précédentes.

Si physiquement, je ne suis pas sûr de ma force au départ, je suis en revanche serein mentalement. Détendu. Pas de pression négative, pas de stress, je suis là pour faire du mieux possible, avec les moyens actuels. Surtout, je suis très motivé pour me faire mal, pour m’accrocher le plus longtemps possible à ce peloton, rompu au plus haut niveau mondial. Je sais aussi que j’ai toujours plutôt bien supporté les courses longues, où l’endurance joue beaucoup. La plupart de mes meilleurs résultats sont sur des courses UCI de 200 kms. Cela dit, il y a 250kms aujourd’hui, et je ne suis pas habitué à cette 6ème heure de course. 

Déjà l’an passé, mais encore plus cette année, j’ai remarqué que j’étais bien accueilli par les acteurs de cet évènement annuel. J’ai l’impression que la FFC se soucie des coureurs d’équipes étrangères, isolés. La fédération nous attribue même une aide financière pour les frais de déplacement. Ils sont certainement heureux de voir un peloton un peu plus diversifié, alors que 5 équipes alignent une vingtaine de coureurs au départ. Nous, la poignée de coureurs d’équipes continentales étrangères apportons un peu d’exotisme, possédant des parcours sportifs atypiques. Les journalistes et spectateurs curieux ne s’y trompent pas, et je reçois pas mal de sollicitations de gens intrigués de voir un maillot différent. Avant le départ, Jacky Durand et Steve Chainel m’ont arrêté pour une petite interview sur la chaîne Eurosport. J’ai du coup manqué le début de l’appel des coureurs où j’aurais dû figurer… en 1ère ligne. 

Le départ est donné, j’accompagne les premières attaques avant de constater que les jambes ne répondent pas bien, comme prévu. Je vais vite me cacher dans le peloton, essayant de m’économiser le plus possible. Aujourd’hui, je n’ai pas de marge, pas de watts à disperser dans la nature. 0 cartouche.

Le circuit n’avantage pas les faibles. Il faut lâcher des watts, juste pour rester dans le peloton. Avec près de 3000m de dénivelé positif au total, le parcours est plus dur qu’annoncé. Le vent qui souffle fort ajoute une difficulté. Enfin, l’enchaînement du petit secteur pavé et des virages dans St Omer étire énormément le peloton de 150 coureurs qui est en file indienne à chaque passage sur la ligne d’arrivée.  

Les 50 premiers kilomètres sont rapides et douloureux, avant qu’une échappée n’obtiennent enfin un bon de sortie de l’équipe favorite FDJ. Mais l’allure ne baisse guère, car comme les autres années, l’échappée est conséquente, 17 coureurs cette fois-ci, et le peloton ne peut se permettre de leur laisser plus de 2-3 minutes. Il n’y pas de pause pipi. Les coureurs de la FDJ imposent un bon tempo avec notamment Jérémy Roy qui fait un travail vraiment impressionnant.

J’ai quand même le temps d’échanger quelques mots avec mes anciens coéquipiers rhonâlpins, comme Jéremy Bescond, qui a réussi l’exploit de repasser pro, et Pierre Latour (AG2r). Ce dernier vient de devenir champion de France de CLM à 23 ans, mais il me semble être resté le même : ouvert, bon vivant, drôle, il est là pour se faire plaisir (et mal) avant tout. Sans prise de tête, comme dans les catégories de jeunes où je le côtoyait dans la sélection régionale. Il dénote un peu dans le milieu, ce qui veut surtout dire que beaucoup d’autres pros sont plutôt tristes.

Pierre Latour à l’attaque. 15 minutes après m’avoir confié qu’il n’était pas bien … !
Haut de la bosse, le peloton perd des unités à chaque tour

La FDJ essaye d’endormir tout le monde. Avec son tempo relativement soutenu, elle veut emmener A.Démare tranquillement vers un sprint. Les autres équipes ont eu le mérite de ne pas (complètement) subir ce scénario écrit d’avance. Direct Energie dynamite la course à 80 kms de l’arrivée. Un méchant « coup de vis » qui fait très mal à tout le monde et effectue une première sélection. En un tour, le peloton bouche plus de 2 minutes sur l’échappée, et Direct Energie propulse Sylvain Chavanel à l’avant, puis Thomas Voeckler. Le peloton explose, je serre les dents dans l’un des derniers morceaux du peloton. Je sais qu’il faut laisser passer l’orage, que ca va se calmer dans les 50 derniers kilomètres. Le peloton est réduit à 70 coureurs, et la FDJ reprend la barre. Un peu de répit, mais je suis sérieusement entamé. Les autres un peu aussi visiblement, puisque les prochaines attaques interviendront seulement dans les deux derniers passages de la bosse, à 20 et 5kms de l’arrivée. Nous ne sommes plus qu’une cinquantaine au pied de cette dernière difficulté avalée au sprint. Le peloton explose grosso modo en 3 morceaux dans les ultimes kilomètres. Au bord des crampes, je ne peux faire mieux que de basculer dans le 3ème groupe, et termine 40ème. Classement

Y.Martinez, qui finit juste derrière moi, arrête son compteur, qui affiche 318 watts de moyenne (NP) durant presque 6h de course !
Superbe photo signé O.Nicto pour un superbe vainqueur : Arnaud Démare conclut l’énorme travail de son équipe

A l’arrivée, j’ai du mal à analyser ma performance. J’ai vraiment connu une sale journée, loin de ce que je suis capable de faire. Et pourtant, dans ce championnat de France difficile avec des coureurs de partout à l’arrivée, je termine 40ème/150. J’en sors donc à moitié satisfait. D’un côté je suis heureux de voir que mon niveau de base ne cesse de s’améliorer au fil des saisons : même dans un mauvais jour, je suis capable de finir une telle course pas trop loin des meilleurs. De l’autre, j’aurais tellement voulu courir ce championnat avec les jambes que j’avais durant le mois de mai.

Bonne série de courses avec Stockholm CK

J’ai enchaîné pas mal de courses depuis le Tour d’Estonie. La forme était bien présente et je me suis fait plaisir ! Retour sur ces deux semaines de courses, avec mon club Stockholm CK.

Le mercredi 31 mai, je me suis rendu en vélo (40kms) à une course des Smack series dans la campagne entre Stockholm et Uppsala. 60kms de course où je ne n’ai pas ménagé ma peine, ces « Smacks » en semaine servant avant tout d’entraînement qualitatif. La dimension compétition ajoutant naturellement (beaucoup) d’intensité. C’est parfait pour moi, qui n’est pas un adepte des entraînements intenses seul, ne faisant quasiment jamais de séances de fractionnés. Je fait la course devant, et même si il ne s’agit que d’une course de niveau régionale, il n’est pas facile de faire la différence sur ces circuits roulants, face à des coureurs suédois qui sont puissants sur le plat. Ayant d’excellentes jambes ce jour-là, j’arrive toutefois à gagner en solitaire.

Le week-end suivant avait lieu une course par étape, les 4 jours de Stockholm. La 1ère étape était un contre-la-montre, remporté par le champion de suède de l’exercice A.Wetterhall. Finissant en milieu de tableau, je suis déjà hors du coup au général. Le dimanche se déroulait une course en ligne sur une distance de 100 kms. Je loupe la bonne échappée dans un premier temps, mais parvient à faire le saut pour rentrer devant, profitant des quelques petites bosses du parcours. Nous sommes une douzaine pour la victoire, et je commet l’erreur de lancer le sprint de trop loin. Je me vois gagner, mais 2 coureurs me passent d’un souffle dans les 10-20 derniers mètres.

La 3ème étape consistait en un critérium le lundi soir, sur le circuit automobile de l’aéroport d’Arlanda. Impossible de faire la différence sur ce circuit où l’on ne peut pas mettre les gaz tant il y a de courbes et virages. Je finis dans le peloton, tandis que notre sprinteur du jour finit 2ème.

La 4ème étape était de nouveau une course en ligne sur un circuit légèrement vallonné. Présent dans des échappées la majeure partie de la course, je suis finalement repris à 10kms de l’arrivée. 3 coureurs vont se disputer la victoire juste devant le peloton, dont un de mes coéquipiers qui finit 2ème.

Enfin, j’étais en Finlande le week-end dernier, pour le plus important week-end de course du pays. Plusieurs équipes étrangères sont au départ, venant de Russie, des pays baltes, des Pays-Bas, etc. Une course en ligne lançait le week-end vendredi soir.

A 47,5 km/h de moyenne, aucune échappée ne prends le large. Je trouve l’ouverture à 5kms de l’arrivée, avec le champion de Finlande, qui est un excellent rouleur. On creuse un petit écart sur le peloton, avant que mon compagnon ne s’arrête de rouler dans les deux derniers kms. Je suis alors dans une mauvaise position et le peloton revient vite. je maintiens un petit tempo, et parviens à le refaire passer devant à 1km de l’arrivée, alors que le peloton est sur nos talons. A 800m de l’arrivée, le peloton recolle, mais est en file indienne, et je tente alors le tout pour le tout en attaquant, profitant d’un final en légère montée. Je fais le trou directement, mais évidemment le peloton fonds sur moi irrémédiablement dans les derniers hectomètres. Alors que je me voyais gagner le week-end précédent avant d’être dépassée dans les ultimes mètres, je n’y crois pas trop cette fois-ci… mais je donne vraiment tout.. asphyxiant complètement mes pauvres jambes… et c’est gagné ! 

Samedi avait lieu un critérium à Lahti. 1h de course + 5 tours. La course est très intense, je me retrouve devant très tôt, mais isolé face à plusieurs coureurs de la meilleures équipe finlandaise, TWD-Länken. Ils me mènent la vie dure, et raflent toutes les primes. Je me fait violence pour rester au contact, et parviens à finir 2ème de la course.

Enfin, dimanche se disputait la plus ancienne course du pays, « Borgåloppet », dans la ville de Porvoo. J’avais terminé 2ème en 2015, et je suis très motivé pour faire mieux. Je tente énormément, mais suis énormément marqué par mes adversaires, qui ne veulent même pas rouler avec moi la plupart du temps. Entrave personnel, mais avantage collectif : cela profite à mes coéquipiers, qui disposent de plus de libertés, et Nils Penton intègre la bonne échappée après une centaine de kms. Nous lui faisons confiance, et bloquons les tentatives de contre. Dans le final, nous revenons à 1 minute, et je tente de faire le saut. Je suis longtemps en contre seul, sans parvenir à revenir, et termine 9ème de la course, alors que mon coéquipier prends une belle 3ème place, concluant un excellent week-end pour Stockholm CK !