#2 Tour de Chine

Après une journée de transfert de plus de 800 kms vers le sud nous courions la deuxième étape mardi, dans la province de Shanxi. Longue de presque 200 kms, cette étape comportait également 3 cols à franchir.

Notre périple jusqu’à ce jour, dans la ville de Pingchang, à la veille de 3ème étape.

Les italiens d’Androni ont couru de manière étrange pour défendre leur maillot jaune. Ils ont d’abord laissé la course se faire, alors qu’ils auraient contrôler facilement lorsque des petites échappées se sont formées. Dans le premier col, monté plein gaz, une échappée de costauds se détachent et Androni doit cette fois-ci prendre les commandes. Je suffoque comme jamais dans cette montée, en dette d’oxygène. J’ai vraiment du mal à respirer et je suis au bord de l’explosion. Après avoir parlé avec pas mal de coureurs après la course, la plupart étaient dans le même état, certainement dû à une combinaison de facteurs, effort très violent après une journée de « repos », pollution, altitude…

J’ai du mal à m’en remettre, d’autant plus qu’Androni, aidé par les italiens de Nippo-Vini Fantini mettent sérieusement en route pour rattraper l’échappée. Après 130 kms intenses et le passage d’un col de 1ère catégorie, l’échappée est reprise, et la course baisse enfin en intensité. Nous traversons parfois de jolies décors de montagnes et de lac, mais les villes ne sont jamais loin, et la pollution non plus, en atteste ce ciel toujours blanc/gris.

Un col de 3ème catégorie à 15 kms de l’arrivée provoque l’ultime sélection. Je l’entame malheureusement mal placé, derrière les grosses formations qui se sont mises en place à l’avant du peloton. 21 coureurs se détachent dans ce col, je suis dans un second groupe d’une dizaine de coureurs, et nous sommes tous proches de faire la jonction au sommet. Mais l’entente est mauvaise, et notre groupe de chasse résigné grossit de coureurs revenus de l’arrière pour former un petit peloton. Pas de résultat donc, le niveau est élevé et la condition pas au top.

Tour de Chine

Je suis arrivé à Pékin vendredi dernier afin de disputer le Tour de Chine, qui se déroule du 10 au 24 septembre. C’est toujours impressionnant d’arriver dans un nuage de pollution. Même si il faisait grand beau, il a fallu attendre que l’avion soit proche d’atterrir pour distinguer la ville. Pékin est suffocante et nous nous n’y sommes pas attardés, prenant aussitôt la direction du nord. Après environ une heure de route, passé la Grande muraille, on parvient dans des contrées plus rurale. Le ciel passe progressivement du blanc au bleu.

J’ai essayé de préparer ce rendez-vous du mieux possible, même si j’ai senti que la forme m’échappait un peu depuis la dernière Coupe de Suède. La fatigue générale accumulée depuis le début de saison se fait sentir, et j’ai tâché de bien doser l’entraînement. Il faut dire que je sors d’une période intense, durant laquelle, outre les courses, j’ai bouclé mon mémoire de master et effectué ma soutenance. Ce sprint final en ce qui concerne mes études m’a pompé pas mal d’énergie, et j’ai bien levé le pied la semaine dernière niveau entraînement afin d’arriver frais en Chine. Désormais libéré de mes études, j’espère pouvoir tirer profit de pouvoir me concentrer à 100% sur le vélo durant cette fin de saison.

J’aime avoir des challenges en fin de saison pour rester motivé. Ce Tour de Chine arrive donc à point et promet en outre un beau périple dans cet immense pays. Au programme, 10 jours de course en … 15 jours ! C’est la particularité de cette course, qui à l’ambition de traverser la Chine du nord au sud, et entrecoupe donc les étapes par de longues journées de transferts en bus. La première étape se disputait ainsi au nord du pays à environ 1500m d’altitude, tout proche de la Mongolie intérieure. Les paysages s’en rapprochent sensiblement, notre premier hôtel était au milieu de la steppe peuplée de chevaux. Pour compléter ce descriptif stéréotypé de la Mongolie, quelques yourtes se dressent ici et là dans la prairie.

24 équipes sont au départ, issus du monde entier. Les courses en Chine attirent toutes sorte d’équipes professionnelles qui n’ont pas les moyens, ou le niveau, de disputer les plus prestigieuses courses européennes. On retrouve par exemple les équipes italiennes de Willier-Triestina, Nippo-Vini Fantini et Androni, les brésiliens de Funvic, suspendu un temps cette saison suite à de multiples cas de dopages. Il y aussi une flopée d’équipes continentales avec des coureurs aguerris, comme les australiens de Isowhey, les ukrainiens de Kolss, les kazakh d’Astana City, les japonais (et espagnoles) du Team Ukyo, etc. Et puis quelques équipes chinoises, avec des coureurs « mercenaires » (en d’autres termes, pigistes), notamment colombiens.

Samedi soir avait lieu une cérémonie de présentation des équipes, animé par un chanteur mongol et un feu géant. Des bêtes entières furent rôties au barbecue, mais on n’a jamais pu savoir de quel animal il s’agissait…

La 1ère étape se déroulait dimanche, et évidemment, le beau temps des jours précédentes a laissé place à unes une météo absolument misérable. Pluie, vent, froid. Des routes grasses devenues glissantes, et poussiéreuses devenues boueuses. Dans ce genre de conditions, le peloton se partage grosso modo en deux camps. Ceux qui n’ont pas froid, et surtout pas froid aux yeux, et profitent de ces conditions exécrables pour attaquer à tout va ; agressant ainsi les coureurs du second camp, ceux qui ont froid, et surtout ne veulent pas finir par terre et a fortiori dans un hôpital chinois. Aujourd’hui, je fais bien partie du second camp, et je reste en queue de peloton en me laissant autant que possible une marge de sécurité en cas de chute. Je partage cette position ultra défensive avec notamment Cameron Meyer, un talentueux australien qui après avoir curieusement mit sa carrière entre parenthèse quelques mois s’apprête à revenir dans le World Tour. Les « agresseurs » du premier camp sont nombreux et entraîne le peloton à vive allure. « Vive allure » signifie ici 52km/h, soit notre moyenne durant les 2 premières heures de course qui s’effectuent sur des portions très roulantes. Chaque minute environ, je dois passer mes gants en néoprène sur mes lunettes pour retrouver une visibilité correcte. Ayant plu 3 heures durant, je vous laisse donc faire le calcul du nombre de répétition de ce geste…

Je remonte dans le peloton à la faveur d’un petit GPM de 4ème catégorie, et constate que les sensations ne sont pas si mauvaises, je me sens en tout cas mieux à 40km/h dans une bosse qu’à 60 km/h sur le plat.

Après environ 130 kms sur les 156 à parcourir, j’enlève ma veste de pluie, mes gants en néoprène, et me décide à aller à l’attaque. Aucune échappée, n’a jusque alors pu se former, et je prends le pari que cela ne saurait tarder. Alors que j’attends ma voiture à l’arrière du peloton pour m’alléger de ces vêtements, je constate également que j’ai crevé de la roue arrière. Je roule aussi longtemps que je le peux, mais la voiture n’arrive toujours pas et pour cause, elle était occupée à dépanner mon coéquipier Ben, victime également d’une crevaison. Nous nous retrouvons tous les deux engagés dans une sacré chasse pour revenir dans le peloton, sous l’oeil sévère d’un commissaire qui n’autorise notre DS à nous ramener derrière voiture seulement jusqu’à la fin de la caravane. A 15kms de l’arrivée, je réintègre le peloton et constate qu’une échappée s’est bien fait la malle et navigue 30 secondes devant.

A l’arrivée, l’échappée de 1o coureurs conserve une dizaine de secondes d’avance sur le peloton. N’ayant pas le cœur à prendre tous les risques au sprint pour une 11ème place, je termine prudemment 39ème.

Svanesund – final de la Coupe de Suède 2017

J’ai disputé en cette fin de mois d’août les 3 jours de Svanesund, sur la côte ouest de la Suède, au nord de Göteborg. Cette course par étape constituait la dernière manche de la Coupe de Suède. Les 5 premiers se tiennent dans un mouchoir de poche, et j’espère assurer une place sur le podium final, voire mieux. Le problème, c’est que la 3ème étape contre-la-montre est déterminante pour le classement général de cette manche, il va donc falloir se battre contre mon point faible.

Le prologue du vendredi soir, 1km en légère montée, ne donne pas d’écarts significatifs, et je termine 13ème.

Le samedi matin se déroulait un critérium, sur un circuit assez technique avec une portion montante sur une piste cyclable. Beaucoup de coureurs sont sur la défensive et ne laissent partir personne, et le peloton arrive inévitablement groupé au sprint. Après m’être économisé le plus possible en vu du contre-la-montre de l’après-midi, je me replace parfaitement dans le dernier tour pour aller chercher la 2ème place, et 4 secondes de bonifications. Je remonte à la 8ème place au classement général.

Départ rapide
Certains virages se passent facon cyclo-cross !

Encore 2ème derrière le meilleure sprinteur suédois L.Bengtsson (Tre Berg)

Le contre-la-montre de 20kms l’après-midi s’annonçait décisif. Les suédois et les norvégiens (présents en nombre sur cette course) ont un bien meilleur niveau général contre-la-montre que sur les courses en ligne. Alors que je joue systématiquement la gagne sur les courses en ligne, je ne suis jamais rentré dans le top 10 d’un chrono. Il faut dire aussi, que contrairement aux scandinaves qui raffolent de cet exercice, multipliant les séances de fractionnés de 20 minutes au seuil, je ne travaille jamais cette discipline, devenue rare dans le calendrier. Il faut pourtant que je sorte un top 10 si je veux marquer quelques points à la coupe de Suède et monter sur le podium.

Je note qu’un des meilleurs rouleurs suédois, J.Åleheim, pars seulement 30 secondes après moi. Plus ou moins inconsciemment, je l’attends presque durant les premiers kilomètres. Il revient sur moi après 5kms, et je me cale sur son rythme. Au delà des watts purs, le chrono est un exercice très fin de gestion de l’effort, et je sais que je pêche dans ce domaine. Je lui laisse 100m, puis m’efforce de le garder constamment en point de mire. Je me rapproche parfois à 50m, puis recule de nouveau à 100m, mais je m’efforce de ne pas lâcher. Mentalement beaucoup plus concentré que seul face à l’effort, j’oublie presque le mal de jambes. Je sais que finir dans le même temps que lui, c’est-à-dire 30 secondes de plus que lui, est synonyme de bon classement. Je veille à ne jamais trop me rapprocher de son sillage, car les commissaires suédois sont très sévères, et présents en nombre sur le circuit. Dans une bosse à environ 2kms de l’arrivée, je « l’attaque », comme dans une situation de course, et parviens à le devancer jusqu’à la ligne. Je termine 9ème de l’étape, devancé par 3 norvégiens, le vainqueur danois Casper Folsach (Giant-Castelli), et 4 suédois. Mon meilleur chrono !

Le vainqueur danois effectue une démonstration !

Enfin, le dimanche se disputait la 4ème et dernière étape, une course en ligne de 145 kms. 8ème du général de la course, je suis provisoirement 3ème de la Coupe de Suède.

Il faut que je devance le leader provisoire Edvin Wilson, (longtemps dans la meilleure équipe scandinave, le Team Joker) de 2 places supplémentaires pour l’emporter. Tâche difficile, car Edvin Wilson et son équipe, me font bien comprendre dès le début de course qu’ils ne vont pas me laisser un mètre d’avance.

Ils marquent tous mes mouvements, et je me rabat alors sur mon second objectif, remporter le maillot vert des sprints intermédiaires. Chaque manche de la Coupe de Suède décerne des points pour ce maillot via deux sprints intermédiaires. Actuellement 2ème de ce classement, il faut que je marque des points aux 2 sprints tout en devance l’actuel maillot vert pour l’emporter. Le premier sprint est en haut d’une bosse d’1,k kms, ce qui me convient parfaitement, et je l’emporte sans problème. Le second est sur la ligne d’arrivée, et je l’emporte de nouveau, m’assurant ce maillot distinctif de la Coupe de Suède. Je continue de suivre les mouvements pour tenter de m’échapper, mais c’est peine perdue, sur un circuit trop roulant.

Je termine donc l’étape dans le peloton, statut quo au général, Je finis donc 3ème et remporte le maillot vert de cette Coupe de Suède 2017. Un très bon bilan, en ayant disputé que 3 manches sur 5 !

Podium final


Des cols et des podiums

Après une ultime micro-coupure suite au critérium d’Astana, j’ai remis en route pour la dernière partie de saison. J’ai profité du décor somptueux des Alpes pour enchaîner 3 belles sorties d’endurance avec des longs cols comme le Galibier, l’Izoard ou la Croix de Fer. Au total, 20h de vélo, et surtout 10 000 mètres de dénivelés en 3 jour ! Je n’ai pas l’habitude de rouler en montagne et je me suis bien fait plaisir, d’autant plus que la météo fut agréable.

Casse déserte, Col de l’Izoard

Col du Lautaret
Col du Galibier côté Valloire
Galibier côté Lautaret

 

Col de la Croix de Fer
Col de la Croix de Fer

De retour en Suède le 20 août, j’entamais une semaine intense avec 5 jours de course. La dernière manche de la Coupe de Stockholm se déroulait lundi 21 sur la petite île de Skeppsholmen en plein coeur de la capitale. Bien qu’ayant manqué quelques manches, un podium sur cette course m’assurerait aussi un podium au classement général. 

J’attaque dès le départ, mais me fait reprendre par le peloton après 2 tours puis contré par le champion de Suède de critérium, Hannes Bergström, qui est aussi capable de rouler vite seul (6ème du Championnat de Suède de CLM). Il a aussi une bonne équipe avec lui et je me retrouve piégé derrière. Je parviens quand même à m’extraire du peloton mais avec son coéquipier dans la roue, le maillot rose de leader de la Coupe de Stockholm.

Sprint serré pour la 2ème place

Je termine donc 3ème de la course …

… et 3ème du classement final de la Coupe de Stockholm !

Le champagne a beaucoup coulé ce soir là … !

J’enchaînais le mardi par un autre critérium dans le centre ville de Linköping. Un parcours typiquement suédois, avec beaucoup de relances et des trajectoires difficiles à pleine vitesse. Pas mon type de course favoris, mais je me suis fait violence pour aller chercher la 9ème place.

Le Champion de Suède Kim Magnusson à l’attaque

Le coureur du club local CK Hymer s’impose devant ses compagnons d’échappés, pourtant pros tous les deux.

Enfin, je disputais la dernière manche la Coupe de Suède le week-end dernier, une course par étape de 3 jours sur la côte ouest au nord de Göteborg. J’y reviens très vite dans un prochain article !

Astana Expo International Critérium

J’étais à Astana au Kazakhstan le week-end dernier pour disputer un critérium UCI, en présence d’environs 70 pros venus du monde entier. Cette course avait lieu dans le cadre d’une gigantesque exposition internationale organisé par la ville d’Astana.

Vue sur Astana depuis notre hôtel

Les organisateurs ont sorti le carnet de chèque pour faire venir quelques stars du peloton, à commencer par le dernier vainqueur du Tour de France Chris Froome. Le 4ème (M.Landa) et le 5ème (F.Aru) du dernier Tour étaient également au départ. La flopée d’équipes de moindre envergure, de 2ème et 3ème division, promettait une course décousue, qui n’avait rien d’un traditionnel critérium d’après tour.

Nous étions 3 coureurs de l’équipe au départ, avec Yannick et Ben. Ce dernier a fait le show dans les derniers tours en tentant une échappée solitaire, avant de se faire contrer par Chris Froome …
Départ imminent
4 coureurs du Team Sky étaient au départ

La course était retransmise en direct sur Eurosport, ce qui offrait une belle publicité pour les plus petites équipes comme la notre. Comme prévu, des attaques incessantes animent la course, qui se dispute à 49,5 km/h de moyenne ! Les Froome, Aru et cie ne font pas semblant et y vont de leurs attaques. Ca fait drôle de faire la course avec eux après les avoir vu à la télé durant le mois de juillet. Je suis notamment impressionné par Froome, qui ne se cache pas, et bataille comme les autres pour rester bien positionné, et se montre même plutôt agressif dans les virages. Plutôt risqué à une semaine de la Vuelta, mais en tout cas il a fait la course !

Une belle course hyper rapide, avec des stars qui ont envoyé du gros !

Dernier virage avant l’arrivée, à côté de Fabio Aru

Le sprint est inévitable mais je ne parviens pas à entamer le dernier tour dans les premières positions, et termine 25ème d’une course remportée par le britannique Ed Clancy, triple champion olympique de poursuite par équipe. Cela restera une super expérience, car au delà de la course, nous avons aussi eu le temps de prendre la température de ce pays bien particulier…

Nous avons pu côtoyer quelques stars du peloton pendant ce séjour
Et la légende du vélo Kazakh, A.Vinokourov