Le « Paris-Roubaix danois »

« Une journée de printemps dans la Lande », tel est le surnom du Grand Prix  Herning, la reine des classiques au Danemark. Course UCI de niveau 1.1 il y a quelques années, c´est désormais la manche inaugurale de la Coupe du Danemark, ce qui en soit ne change pas grand chose, puisque les principaux favoris sont toujours les mêmes, les coureurs danois qui « cochent » cette course de prestige chaque année. Le charme et l´authenticité de cette course provient de la vingtaine de secteurs graviers, de vulgaires chemins fermier en mauvaise état, mélange de sable, et de nombreux graviers plus ou moins gros et coupants. Comme sur un Paris-Roubaix, dont j´avais disputé la version Espoir en 2012, la connaissance du terrain est primordiale, car la course se joue essentiellement sur ces secteurs extrêmement délicat à négocier.

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Afin de parfaire le tableau de cette classique mythique longue de 190kms, la météo s´en est mêlée cette année, avec du vent, de la pluie, et 6 degrés ! Après un début de course très tendue, où il faut jouer des coudes à tous les étages du peloton, nous entrons dans le vif du sujet dès le km 12.

11173405_820434054700482_1608674453143627765_nEntrée fracassante dans le chemin, je suis vraiment surpris de l´effet. Je pense même alors que c´est pire que les pavés de Paris-Roubaix ! Des cailloux sont projetés de partout et viennent s´éclater sur les vélos et les bonhommes. Il y a parfois comme des bancs de sables ou de gravier où l´on peut s´ensevelir et resté scotché, voire perdre l´équilibre et tomber. Quand le chemin est plus « roulant », il faut faire face à de gros cailloux qui provoquent déjà de nombreuses crevaisons… Rien que dans ce premier secteur long de 2 kms, j´évite deux chutes, en devant passer dans le pré, puis perce en fin de secteur… Il reste 170 kms et je me dis que cette course est une sacré galère ! Je parviens à rentrer sur le peloton, mais reste sur mes gardes, un peu en mode « survie ». D´autant plus qu´il pleut, et que le peloton est souvent en file indienne, il faut s´accrocher et garder une concentration maximum. Deux coéquipiers, Yannick Jannssen et Robert Pölder prennent la bonne échappée, scénario idéal qui colle à notre plan. Ils ont l´expérience du GP Herning et il est toujours plus confortable d´ouvrir la route sur ce type de course. Matti Mattinnen et moi devions rester au chaud le plus longtemps possible et éviter les embûches…qui sont nombreuses ! La succession des secteurs et le vent entraîne une bonne sélection et le peloton s´amenuise. Je commence à prendre la mesure de ces chemins de graviers qui se succèdent, et évite chutes et crevaison. Mains en bas du guidon, je tourne bien les jambes pour garder l´équilibre, un peu comme en VTT.

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Yannick Jannssen dans ses oeuvres sur sa course favorite. Il remportera le classement par points, établis à la sortie de chaque secteur.

L´équipe continentale danoise Tre-For, qui a collecté des victoires récemment sur le ZLM Tour en Coupe des Nations Espoir et au Tour du Loire et Cher, réalise un tour de force au km 100, juste avant le secteur « 4 étoiles » (le + difficile), d´abord en montée jusque dans une ferme, puis une descente rapide parsemées de trous, d´herbes, cailloux … Vent de 3/4 dois, ils accélèrent brutalement et violemment, laissant immédiatement le reste du peloton sur place. 11193288_820434044700483_2842546432556519505_n

Notre peloton est totalement désorganisée, et nous roulons à bloc dans ce secteur, comme si l´arrivée était à la sortie ! L´adrénaline monte dans la descente du chemin, à 50 km/h ! Je commence à me prendre au jeu. Notre petit peloton progresse plutôt bien, et nous restons à portée de fusil du top 20. Si je n´est jamais entrevu une possibilité de  victoire sur cette course, j´espère au moins pouvoir rallier l´arrivée. C´était sans compter sur une double crevaison après 130 kms, dans l´un des ultimes secteurs graviers … Ma voiture est toujours derrière l´échappée, et toutes les autres me passent sans broncher, probablement à cour de roues qu´elles veulent garder précieusement pour leurs quelques coureurs encore en lice… Je me retrouve donc tout seul dans les bois, trempé et frigorifié, à attendre un bon quart d´heure le camion balai qui ramasse les malchanceux. 11200893_1651451475091262_2772328517878331888_n

Vraiment frustrant de ne pas pouvoir finir la course, alors que j´avais fait le plus dur. J´aime beaucoup ce genre de course « épique », mais celle-ci est presque trop sujette aux aléas des crevaisons… Les grosses équipes danoises placent des membres du staff avec des roues dans tous les secteurs et s´épargnent ainsi toutes déconvenues. Pour les autres, il faut croiser les doigts et espérer que ca passe …. Et si ca casse, il faut revenir l´année suivante pour avoir une nouvelle chance !

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Domination de Tre-For et des frères Kragh Andersen

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