Couleurs d’automne

Après quelques semaines de mise en veille, le carnet de route reprends ses droits ! Cela fait 4 semaines que je suis rentré de Chine. Durant cette période, j’ai respecté la coupure annuelle. Décompression et repos pour éliminer la fatigue générale, parfois profonde, accumulée durant la saison. C’est la première fois de l’année que je reste plus de 2 semaines chez moi à Uppsala !

Ballades à vélo et natation

J’ai conservé une légère activité sportive selon mes envies, et sans but d’entraînement. J’ai surtout voulu profiter de ces belles journées d’automne. L’air est frais, le soleil fut souvent présent, et la palette de couleurs automnale ne s’en est qu’élargit !

J’ai aussi commencé à faire un peu de natation. A petite dose, ce sport n’est pas incompatible avec cette période de repos actif. Au contraire, la vue, le son et la sensation d’apesanteur dans l’eau sont très relaxants. Beaucoup de concentration est requise sur la gestuelle et la respiration. Cela permet à la fois de se vider la tête et de clarifier ses pensées. J’en ai besoin, dans cette période charnière, où des choix importants s’offrent à moi.

Fin des études !

J’ai par ailleurs définitivement validé mon master à Science Po Grenoble. Un cycle de près de 7 ans d’études/vélo s’achève ! Je suis très reconnaissant envers l’Institut d’études politiques de Grenoble, et en particulier M. Echinard, maître de conférence en sciences économiques, qui m’a permis de réaliser ce master de qualité à un rythme me permettant de continuer ma carrière sportive en parallèle. Avec une bonne organisation et de la volonté, j’ai pu mettre en oeuvre mes projets tout en vivant de ma passion.

Une page se tourne. Quelle suite ? Boulot ? Vélo ? A priori, j’ai décidé de ne pas choisir…

Prochain article bientôt pour faire le bilan de la saison. Puis, ce carnet de route retrouvera tout son sens…afin de partager mon prochain voyage à vélo, en compagnie de mon ami Sam. Du 1er au 15 novembre, nous allons explorer à vélo une région lointaine !

#4 & #5 Tour de Chine II

Les deux dernières étapes du second Tour de Chine se déroulait sur des parcours plats destinés aux sprinteurs.

Sur la 4ème étape, couru à 47km/h de moyenne, j’ai tenté ma chance à 10 kms de l’arrivée en m’extirpant du peloton avec quelques coureurs dont le hollandais Marc de Maar et Daniel Dominguez, qui courent tous les deux pour des équipes chinoises. Nous avions sympathisé depuis le début du voyage et convenu d’attaquer ensemble dans un faux-plat montant. Marc De Maar prolonge pour le plaisir une carrière d’une douzaine d’année chez les pros en effectuant quelques piges sur des courses asiatiques. Notre attaque est tranchante et surprend le peloton, et nous creusons rapidement un petit écart. Nous roulons fort ensemble, mais le peloton s’agite, Marc de Maar étant également dans les 10 premiers du classement général. Finalement repris à 4kms de l’arrivée, je termine à l’arrière du peloton marqué par une chute dans le sprint massif. Voici une vidéo du train de l’équipe australienne qui parvient à placer idéalement son sprinteur dans le dernier kilomètre, avant que celui-ci ne soit pris dans la chute.


La dernière étape se déroulait dimanche, à côté de Macau et de Hong-Kong. Nous avions la veille effectué un transfert de 1100 kms dans un TGV chinois, portant le kilométrage du périple à 6000 kms…

Le changement de climat est brutal, nous retrouvons des températures au delà des 30 degrés et beaucoup d’humidité. C’est Ben cette fois-ci qui tente sa chance dans le final, accompagné de très bons coureurs comme Cameron Meyer, et encore une fois, Marc de Maar. Ils seront malheureusement repris dans le dernier kilomètre par la meute de sprinteurs.

En rentant, j’ai découvert les 5 pages de portrait que Vélo Magazine m’a consacré dans son numéro de septembre. Il reste quelques jours pour se le procurer en presse !

#2 & #3 Tour de Chine II

La deuxième étape se disputait sur un circuit tout plat dans la ville de Lixian. Après sa victoire en solitaire la veille, un petit lutin costaricain porte le maillot jaune. A 19 ans, il a déjà signé pour 4 ans avec la formation professionnelle Androni, qui après le prodige colombien Bernal, semble déjà avoir trouvé la prochaine perle rare. Du haut de son mètre 5? et de ses 5? kgs tout mouillé, il s’est envolé dans le dernier col hors-catégorie. Son nom ? Kevin Riveira.

C’est ma 4ème saison au niveau continental, et ces courses sont un passage obligé (parfois bref) des futurs champions. Ils y affrontent des coureurs expérimentés, qui n’ont pas eu le talent ou la chance suffisante pour rejoindre l’élite mondiale, mais ont persévéré et obtenu un niveau pas si éloigné. Sur ces courses UCI de catégorie 1 ou 2, il n’est en effet pas rare de voir des équipes continentales (3ème division) bousculer les équipes Pro continentales (2ème division), voire World Tour (1ère division). En atteste le récent Tour du Danemark (2.HC), où les équipes continentales locales ont occupé le devant de la scène. Les mêmes qui viennent nous embêter sur la Coupe de Suède.

Une autre catégorie d’équipes connaissent aussi des succès sur ces courses pros « de second rang », sont les formations continentales issues de petites nations, comme Minsk (Biélorussie), Kolss (Ukraine), Rietumu (Lettonie), Baku (Azerbaidjan), Torku (Turquie)… etc. Les coureurs de ces pays ont, malgré leur talent, peu de chance d’intégrer « l’élite » du cyclisme, qui demeure concentrée dans une poignée de pays. A talent égale, un jeune letton a par exemple beaucoup moins de chance qu’un jeune français de rejoindre le World Tour. Ces coureurs, talents oubliés, prospèrent du coup à un niveau pro inférieur.

Il faut ajouter que ces équipes sont également les plus vulnérables au dopage : les coureurs doivent compléter leur maigre salaire par des primes pour vivre correctement, et sont de fait plus enclin à se doper. Le risque de se faire attraper est faible. Contrairement aux équipes de 1ère et 2ème division soumises à la surveillance anti-dopage la plus avancée existant dans le sport (« Adams »), les équipes continentales échappent à tout contrôle hors-compétition. Parfois, certains ne passent quant même pas au travers des (larges) mailles du filet. Par exemple, j’ai appris il y a peu que Kiril Pozdnyakov (Baku) fut contrôlé positif suite à sa victoire lors de la 1ère étape au Tour du Maroc 2016. Tiré au sort et présent avec lui à ce même contrôle, connaissant la réputation du bonhomme, je me souviens avoir été bien attentif à ce que nos échantillons soient bien distingués… En règle général, il n’y pas de fumée sans feux…Malheureusement, des fumées noires émanent souvent de ces équipes.

Retour à la course, sans grand intérêt. Malgré 50 kms d’attaques incessantes, les équipes de sprinteurs contrôlent facilement la course. Avec l’aide mon équipe, je me jette dans la bagarre pour les premières positions. Les deniers kilomètres consistent en une succession de miracles : frôlant la chute massive plusieurs fois, on en reste au stade de grosses frayeurs. Autre différence avec les courses comme le Tour de France, où une dizaine de sprinteurs vont faire le sprint et se partager les 10 premières places, ici, 80% du peloton, soit une centaine de coureurs, tente d’aller faire le sprint. Entouré d’individus sauvages ayant totalement « débranchés le cerveau » alors que le mien est toujours en train d’évaluer et anticiper les risques, je me fais éjecter du top 10 où je me battais depuis 2 kilomètres, dans les deux derniers virages du dernier kilomètre. 38ème. Mon compatriote Quentin Valognes (Team Novo Nordisk) m’avait prévenu : « ca va frotter sale ». L’australien S.Sunderland, champion du monde sur piste l’emporte.


La 3ème étape marquait un retour au manque de fantaisie des chinois pour tracer des parcours et consistait ainsi en un espèce d’aller retour sur une autoroute, dont on est sortie une fois pour aller saluer un village de quelques centaines de milliers d’habitants. Je suis mauvaise langue, car les organisateurs nous ont aussi fait passer sur une digue de style polder hollandais.

Sur ces interminables lignes droites, la moyenne a avoisiné les 50 km/h, et notre ligne de chaîne est restée bien à droite. Encore une fois, j’ai essayé d’aller faire le sprint, mais la vitesse > 60km/h dans les 3 derniers kms était hors de ma portée aujourd’hui . Un sprint lancé beaucoup trop rapide pour mes 67 kgs. 41ème. M.Benfatto, le double de mes cuisses, remporte l’étape.

Les Malins (au sens biblique) organisateurs avaient prévu aujourd’hui une étape courte (95kms), pour faire place à un transfert de 7 heures en bus l’après-midi. Dans leur immense pays, il paraît que les chinois n’ont pas les mêmes notions de distance que nous… L’absurdité de la longueur des transferts nous dépasse.

Tour de Chine I –> Tour de Chine II

La 5ème et dernière étape de ce Tour de Chine I se disputait sur un parcours relativement vallonné autour de la ville d’Anshun.

Anshun et sa tour Eiffel

Les 30 premiers kilomètres sont ultra rapides, puisque deux sprints intermédiaires distribuent de précieuses secondes de bonifications pour un classement général toujours serré. Une chute massive survient dans virage glissant, le maillot jaune italien est à terre, mais revient tel un boulet de canon.

Je passe à l’attaque après le second sprint et pars en échappée pour quelques kilomètres. Le peloton revient, c’est le coup suivant qui sera le bon, avec mon coéquipier Yannick à son bord. En rase campagne, nous empruntons des routes étroites et sinueuses et l’allure est toujours élevée. Les courses en Chine ont la réputation de se dérouler souvent sur des autoroutes, mais pas celle-ci, pour notre plus grand plaisir.

Le peloton se regroupe à l’entame de la dernière difficulté, à 15 kms de l’arrivée. Pour la première fois sur cette course je me sens plutôt à l’aise, et bascule dans les 20 premiers en haut de ce petit col. J’espère alors que le peloton demeure réduit jusqu’au bout mais de nombreux coureurs reviennent et un gros sprint massif se prépare. Je reste en retrait de ce sprint houleux et termine 34ème.

Les sensations sont encourageantes avant la 1ère étape montagneuses du Tour de Chine II, qui va sceller le classement général puisque les 4 autres étapes sont plates.

Lundi, après une nouvelle journée de transfert, nous effectuons une petite décontraction sous un climat, très chaud (42 degrés) et humide. J’ai bien récupéré et j’aborde confiant ce matin cette étape décisive, avec une succession de 3 cols dans le final, dont le dernier classé hors-catégorie.

Je m’économise bien durant la partie assez plate, m’hydrate et m’alimente beaucoup, et je me sens bien dès que la route s’élève. Arrive le premier col (2ème cat) après 60 kms, et la course s’emballe. Je bascule sans problème au sein d’un peloton déjà réduit à une trentaine de coureurs ! Nous enchaînons sur un nouveau col (4ème cat), que je passe sans encombre. Nous descendons vers le pied du juge de paix, un col hors catégorie long de 15 kms mais avec beaucoup de replats, ce qui me convient bien. Je suis prêt à me battre pour la meilleure place possible. Mais au pied du col, je perce soudainement des deux roues… ! Le dépannage est laborieux, et je repars loin … tous mes espoirs disparaissent, et je finis tranquillement dans un gruppetto d’une vingtaine de coureurs qui tirent la grimace… Vraiment déçu… Si les toutes premières places ont été raflé par les quelques purs grimpeurs et m’étaient inaccessibles, je pensais pouvoir accrocher un résultat, au regard des 2 premiers cols.

Notre périple à travers la Chine continue …

#3 & #4 Tour de Chine

La 3ème étape se disputait autour de Pingchang, ville perchée dans des montagnes verdoyantes.

La course est diffusée en direct sur la chaîne chinoise CCTV

C’était la véritable étape de montagne de ce Tour, avec un enchaînement de 3 cols et plus de 2000m de dénivelé concentrés dans la seconde moitié de l’étape. Pas à même de lutter contre les meilleurs grimpeurs sur leur terrain, notre équipe avait pour tactique de s’échapper le plus tôt possible et d’arriver avec un peu d’avance avant les grosses difficultés.

Durant les 60 premiers kms, nous mettons du cœur à l’ouvrage sur ces routes ondulantes et vallonnées. J’intègre plusieurs échappées, mais le peloton ne laissera jamais de champs et est presque groupé à l’entame du 1er col long de 10kms.

Les purs grimpeurs, dont quelques poids plumes colombiens entrent en action. Evidemment, les choses se sont dès lors compliquées pour nous, après avoir tant donné sur la première partie de course.

Je coince dans le deuxième col, le plus raide, et termine dans un petit groupe, environ 60ème, c’est à dire avec grosso modo autant de coureurs devant que derrière moi. Une étape difficile où j’ai quand même pris du plaisir, sur des belles routes sinueuses, des descentes techniques, et une course très animée. . Même dans notre petit groupe de 7-8 coureurs dans le final, où des chinois ont montré leur méconnaissance du « code cycliste ». Dans cette situation, nous sommes lâchés du premier groupe, il n’y a plus aucun résultat à aller chercher, nous nous entraidons pour rallier l’arrivée. Chacun fait sa part de travail. Mais les chinois voulait visiblement faire la course et ont commencé à attaquer, ce qui évidemment irrite tout le monde. Le premier a la bonne idée de lancer son attaque dans une descente technique. Perdant le contrôle de sa vitesse, il part tout droit au premier virage et vient s’aplatir sur des arbustes. Lorsque le second lance son attaque, un kazakh d’Astana se met à l’insulter si fort que le chinois, tout intimidé, se rassoit et revient gentiment dans notre groupe. On ne rigole pas avec les kazakhs.

Après la course, nous avons cette fois-ci eu le temps d’aller humer l’air salement pollué de cette cité décrite par la propagande chinoise comme le paradis des sports de nature. Les constructions anarchiques et gigantesques en béton anéantissent pour de bon l’idylle aperçue sur les photos du road book de l’organisation. A l’évidence, il semble difficile de dénicher des endroits charmants et authentiques en Chine. Il paraît que celle-ci a définitivement vendu ses traditions et perdu son âme suite aux Jeux Olympiques de 2008…

Notre caravane de nomade poursuivait son chemin hier en direction de Chengdu, la capitale de la province de Sichuan. 5h de bus précédait 5 minutes de vélo, pour le compte de la 4ème étape, un contre-la-montre de 3,3 kms. Il pleut lorsque je m’élance, et n’ayant rien à gagner dans cette exercice je reste très prudent et évite de me faire exploser la caisse.

Le matériel spécifique n’était pas autorisé sur ce CLM