Au pays des Soviets (Suite)

Si les routes du Tour de Podlasie étaient (étonnamment) fiables, alors que les panneaux « Routes financées par l´Union Européenne » fleurissaient un peu partout, celles de la région de Mazowie semblent intactes et authentiques de l´ère soviétique. Béton craquelé et fissuré, nid de poules géants, graviers, sables. Les vibrations et les dangers nous mettent à rude épreuve. A cela il faut ajouter le vent qui souffle constamment et menace sans cesse de briser le peloton, et des coureurs Kazakhs ou d´Europe de l´Est qui n´ont absolument pas peur de la chute, de véritables dangers ambulants. Bienvenue au pays des Soviets.

La 1ère étape se raconte à la lecture de la carte :

Les 50 premiers kms direction Nord, vent dans le dos, sont bouclés en 1h, peloton groupé. Puis 80 kms direction Nord-ouest, vent de côté et 3/4 dos. Sous le jeu des bordures, le peloton se tend, se casse, se recompose, roule en file indienne, tout le monde est dans le rouge. Les maitres du vent, hollandais, danois, et autres équipes solides comme CCC, Kolss ou les allemands se rendent coup pour coup. Je serre les dents et reste dans le 1er groupe. J´ai encore de bonnes sensations, ce qui me permet de ne pas prendre tous les risques, c´est-à-dire rouler à 2 mm du fossé pour rester abrité. Les BDC-Kolss mettent un coup de gaz décisif à 30kms de l´arrivée, loyalement aidé par l´équipe de Kiev. Je suis juste derrière eux, en bonne position. Pchiiiiiiii….J´entend alors ce son redouté, synonyme de crevaison… Le peloton en file indienne me passe, ca prend du temps. Je suis dépanné tardivement. Lorsque je recolle à un peloton amoindri 10 kms plus loin, je réaliser rapidement que la course est pliée. Le peloton s´est morcelé en 3 groupes, cette crevaison est vraiment survenue au mauvais moment. Beaucoup de souffrances réduit à néant aujourd´hui, le sport est parfois cruel.

Heureusement notre hollandais Yannick sauve notre journée en prenant une bonne 9ème place. L´équipe fonctionne vraiment bien. Course après course, nous sommes de plus en plus soudé, confiants et volontaires et en récoltons les fruits.

La seconde étape jeudi fut moins dur physiquement, car le vent n´était pas suffisant pour faire exploser la course. Il a suffit cependant à mettre tout le monde sur les nerfs, et conjugué au mauvais état des routes, la course fut épuisante mentalement. Il faut se battre pour chaque position, même à l´arrière du peloton. Le positionnement dans le peloton et la tension qui en découle est l´un des aspect difficile à réaliser pour ceux qui n´ont jamais roulé en peloton. Mais il suffit d´imaginer une vingtaine d´équipes de 6 coureurs, voulant toutes rouler en tête de peloton, pour se prémunir des chutes et effets du vent. Il n´y a évidemment pas de place pour tout le monde. Il faut alors jouer des coudes, et se jeter dans le moindre petit trou qui s´ouvre dans le paquet, savoir rouler à quelques centimètres les uns des autres.

A 40 kms de l´arrivée arrive ce qui devait arriver sur ce type d´étape. Une chute massive met à terre un tiers du peloton. Je l´évite de justesse mais 4 de mes coéquipiers sont au sol. Plus de peur que de mal heureusement, et tout sont rapidement de retour. Le gain de l´étape va se jouer dans un circuit final tortueux : 3 tours de 3 kms dans la ville d´arrivée. L´allure est infernale, les virages sont franchis au maximum autorisé par la gravité. Au milieu des grosses écuries, je me bat pour rester à l´avant, et suis récompensé par une 7ème place.

SONY DSC

Toujours bon pour le moral de ne pas repartir bredouille après une étape où l´on s´est demandé plusieurs fois « Mais qu´est ce que je fous là ? ».

Mais c´est une partie de la beauté du cyclisme : poussé tellement loin dans nos retranchements, autant physiquement que mentalement/nerveusement, n´importe quelles échéances de la vie ordinaire semble facile à gérer en comparaison …

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