#2 & #3 Tour de Chine II

La deuxième étape se disputait sur un circuit tout plat dans la ville de Lixian. Après sa victoire en solitaire la veille, un petit lutin costaricain porte le maillot jaune. A 19 ans, il a déjà signé pour 4 ans avec la formation professionnelle Androni, qui après le prodige colombien Bernal, semble déjà avoir trouvé la prochaine perle rare. Du haut de son mètre 5? et de ses 5? kgs tout mouillé, il s’est envolé dans le dernier col hors-catégorie. Son nom ? Kevin Riveira.

C’est ma 4ème saison au niveau continental, et ces courses sont un passage obligé (parfois bref) des futurs champions. Ils y affrontent des coureurs expérimentés, qui n’ont pas eu le talent ou la chance suffisante pour rejoindre l’élite mondiale, mais ont persévéré et obtenu un niveau pas si éloigné. Sur ces courses UCI de catégorie 1 ou 2, il n’est en effet pas rare de voir des équipes continentales (3ème division) bousculer les équipes Pro continentales (2ème division), voire World Tour (1ère division). En atteste le récent Tour du Danemark (2.HC), où les équipes continentales locales ont occupé le devant de la scène. Les mêmes qui viennent nous embêter sur la Coupe de Suède.

Une autre catégorie d’équipes connaissent aussi des succès sur ces courses pros « de second rang », sont les formations continentales issues de petites nations, comme Minsk (Biélorussie), Kolss (Ukraine), Rietumu (Lettonie), Baku (Azerbaidjan), Torku (Turquie)… etc. Les coureurs de ces pays ont, malgré leur talent, peu de chance d’intégrer « l’élite » du cyclisme, qui demeure concentrée dans une poignée de pays. A talent égale, un jeune letton a par exemple beaucoup moins de chance qu’un jeune français de rejoindre le World Tour. Ces coureurs, talents oubliés, prospèrent du coup à un niveau pro inférieur.

Il faut ajouter que ces équipes sont également les plus vulnérables au dopage : les coureurs doivent compléter leur maigre salaire par des primes pour vivre correctement, et sont de fait plus enclin à se doper. Le risque de se faire attraper est faible. Contrairement aux équipes de 1ère et 2ème division soumises à la surveillance anti-dopage la plus avancée existant dans le sport (« Adams »), les équipes continentales échappent à tout contrôle hors-compétition. Parfois, certains ne passent quant même pas au travers des (larges) mailles du filet. Par exemple, j’ai appris il y a peu que Kiril Pozdnyakov (Baku) fut contrôlé positif suite à sa victoire lors de la 1ère étape au Tour du Maroc 2016. Tiré au sort et présent avec lui à ce même contrôle, connaissant la réputation du bonhomme, je me souviens avoir été bien attentif à ce que nos échantillons soient bien distingués… En règle général, il n’y pas de fumée sans feux…Malheureusement, des fumées noires émanent souvent de ces équipes.

Retour à la course, sans grand intérêt. Malgré 50 kms d’attaques incessantes, les équipes de sprinteurs contrôlent facilement la course. Avec l’aide mon équipe, je me jette dans la bagarre pour les premières positions. Les deniers kilomètres consistent en une succession de miracles : frôlant la chute massive plusieurs fois, on en reste au stade de grosses frayeurs. Autre différence avec les courses comme le Tour de France, où une dizaine de sprinteurs vont faire le sprint et se partager les 10 premières places, ici, 80% du peloton, soit une centaine de coureurs, tente d’aller faire le sprint. Entouré d’individus sauvages ayant totalement « débranchés le cerveau » alors que le mien est toujours en train d’évaluer et anticiper les risques, je me fais éjecter du top 10 où je me battais depuis 2 kilomètres, dans les deux derniers virages du dernier kilomètre. 38ème. Mon compatriote Quentin Valognes (Team Novo Nordisk) m’avait prévenu : « ca va frotter sale ». L’australien S.Sunderland, champion du monde sur piste l’emporte.


La 3ème étape marquait un retour au manque de fantaisie des chinois pour tracer des parcours et consistait ainsi en un espèce d’aller retour sur une autoroute, dont on est sortie une fois pour aller saluer un village de quelques centaines de milliers d’habitants. Je suis mauvaise langue, car les organisateurs nous ont aussi fait passer sur une digue de style polder hollandais.

Sur ces interminables lignes droites, la moyenne a avoisiné les 50 km/h, et notre ligne de chaîne est restée bien à droite. Encore une fois, j’ai essayé d’aller faire le sprint, mais la vitesse > 60km/h dans les 3 derniers kms était hors de ma portée aujourd’hui . Un sprint lancé beaucoup trop rapide pour mes 67 kgs. 41ème. M.Benfatto, le double de mes cuisses, remporte l’étape.

Les Malins (au sens biblique) organisateurs avaient prévu aujourd’hui une étape courte (95kms), pour faire place à un transfert de 7 heures en bus l’après-midi. Dans leur immense pays, il paraît que les chinois n’ont pas les mêmes notions de distance que nous… L’absurdité de la longueur des transferts nous dépasse.

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