Retour sur le Tour of Qinghai Lake.

3 semaines se sont écoulées depuis la fin du Tour of Qinghai Lake. Elles sont passées à toute vitesse, je suis retourné au travail aussitôt rentré, la vie a repris son cours, mais les souvenirs de cette course incroyable vont longtemps restés. J’avais entendu la « légende » de cette course. J’avais entendu de nombreuses fois qu’il existait deux sortes de coureurs : ceux qui ont fait – et terminé – le Tour of Qinghai Lake, et les autres. Cette épreuve, au sens »Test qui permet de juger la valeur de. », me faisait rêver, et faisait partie d’une des dernières courses-aventures que je voulais absolument faire avant d’arrêter le vélo à haut-niveau. J’avais donc beaucoup d’attentes. Je n’ai pas été déçu.

Le Tour du Lac Qinghai a rassemblé tout ce que j’aime dans le vélo. Un voyage nouveau et lointain, à la découverte de paysages à couper le souffle et d’une culture tibétaine exceptionnellement riche. Un contexte géopolitique passionnant : la Chine, et a fortiori le Tibet, est un passionnant cas d’étude pour tout intéressé de sciences politiques et sociales. Un défi sportif immense et inédit, par la longueur de la course, l’adversité, et surtout l’altitude, qui exige une gestion extrêmement fine de l’effort. Une aventure humaine formidable au sein d’une équipe et d’un staff issue de 7 pays différents. Une compétition intense couronnée de succès collectifs, avec notamment une victoire d’étape et une 5ème place au classement par équipe.

La course, et plus généralement le voyage, fut ainsi une belle réussite. Et j’ai bien failli ajouter une jolie cerise sur le gâteau… Lors de la 13ème et dernière étape, disputée à la vitesse moyenne folle de 51km/h, je m’échappe à environ 30 kms de l’arrivée. Nous sommes 7, toutes les équipes majeurs sont représentées. Les relais s’enchaînent bien, je suis accompagné par des coureurs très costauds : Siskevicius pour Marseille, Mosca pour Williers, Bazhou pour Minsk, un kazakh, un hollandais, et un japonais de Nippo-Vini Fantini.

Nous comptons jusqu’à 50 secondes d’avance à 15 kms de l’arrivée. Je ne suis habituellement pas vraiment optimiste lorsque je suis dans une échappée, mais cette fois, j’y crois vraiment. Nous sommes dans les 10 derniers kilomètres des 1841 kms de la course, et je n’ai jamais eu d’aussi bonnes sensations. Mais le peloton n’abdique pas, c’est la dernière étape, et toutes les équipes veulent s’offrir une dernière chance de l’emporter. Nous gardons un rythme soutenue, au dessus de 50km/h, mais le peloton roule encore plus vite. La meute fond sur nous. L’échappée commence à se désorganiser, à s’attaquer, et je suis le dernier à être repris, à 3 kms de l’arrivée… si proche et si loin à la fois.

Peu importe. Depuis l’année dernière, je donne toujours mon maximum, mais ne cours plus après des résultats individuelles. Ce n’est plus ma motivation principale. Je cours pour le collectif, je prends des échappée, je profite des voyages. Cela ne durera pas éternellement.

#10 & #11 Tour of Qinghai Lake. Fin de traversée du désert…

Etape 10 : Minqin –> Tengger Desert, 125 kms

La 10ème étape, le 1er août, intervenait au lendemain d’une journée de repos salvatrice. Celle-ci est obligatoire sur les rares courses dépassant les 10-12 étapes. Nous avons roulé une heure, fait un peu de tourisme, et nous nous sommes évidemment beaucoup reposés.

Visite d’un majestueux temple bouddhiste

Se déroulant littéralement dans le désert, c’était sans doute la dernière étape à même de bouleverser le classement général de ce Tour, avec un fort vent menaçant de faire exploser la course. Tout le peloton en est conscient, et la course ressemble davantage à une classique d’un jour, où l’on doit se donner à 100% du début à la fin. Il faut rester concentré en permanence, batailler pour gagner chaque centimètre carré dans le peloton, guetter le moindre changement de direction et les mouvements des équipes adverses. C’est nerveusement épuisant.

Successivement, les croates d’Adria Mobil et les français de Delko Marseille vont lancer des coup de bordures. Nous ne nous laissons pas surprendre, et sommes à chaque fois bien placés. Le peloton se casse par moment, mais se regroupe à chaque fois, à la faveur de portions vent de face. C’est donc au sprint massif que se joue l’étape, avec la victoire du serbe D.Rajovic. Objectif accompli pour notre part, ayant protégés nos leaders qui sont passés au travers des chûtes et n’ont pas perdu de temps.                                  Classement 

Etape 11 : Zhongwei, 110 kms

Les 3 étapes restantes sont plates, courtes (environ 110 kms) et se déroulent en centre-ville sur de larges avenues. Nous avons carte blanche pour tenter de prendre l’échappée, avant de travailler pour notre sprinter anglais J.Tipper en cas d’arrivée au sprint.

Les jambes répondent bien (nous ne sommes plus qu’à 1500 m d’altitude), et je prends plusieurs courtes échappées. Mais l’allure ne faiblit jamais (49,6 km/h de moyenne), et le sprint massif est inévitable. Nous sommes tous regroupés, à l’affût, et remontons parfaitement notre sprinteur dans les ultimes kilomètres.

Le dernier lanceur, Sam, dépose Tipper à 200m, qui s’envole vers la victoire ! Enorme succès pour notre équipe, sur une course  de classe hors-catégorie, face à des équipes de divisions supérieures ! Nous n’avons jamais perdu confiance en notre sprinter, qui n’était pourtant pas rentré dans le top 10 d’une étape. Nous savions qu’il avait la vitesse pour gagner, il n’est simplement par le meilleur pour « frotter » et jouer des coudes, pas le plus fou en somme. Il a besoin d’être amené le plus proche possible de la ligne, ce que nous avons réussi à faire aujourd’hui, et il l’emporte sans contestation !

Notre Tour est déjà réussi, le moral est au beau fixe, et les deux étapes restantes ne sont que du bonus !

Classement 

#8 & #9 Tour of Qinghai Lake

Etape 8 : Qingshizui –> Zhangye, 239 kms

Dernière journée à haute altitude, avec deux cols à plus 3700m à franchir en début d’étape. La seconde partie du parcours présente une longue descente progressive jusqu’à 1500m d’altitude.

Le départ est très rapide, cette dernière étape montagneuse déchaine les ardeurs des baroudeurs / grimpeurs qui veulent en profiter, avant les 5 dernières étapes plates. Après une longue bagarre, une échappée de 5 costauds se détachent, avec plusieurs coureurs bien classés au général, comme le kazakh I.Davidenok (7ème). Ce dernier, vainqueur du Tour de Qinghai Lake 2014, fut ensuite déclassé suite à un contrôle anti-dopage positif…

Les colombiens de Manzana Postobon sont ainsi mis à rude épreuve, mais n’ont aucun problème à imprimer un tempo élevé en montée pour maintenir l’échappée à portée de fusil. Dans le second col après 80 kms de course, ils se permettent même de faire complètement exploser le peloton ! Il n’y a plus que 15 coureurs dans le premier groupe, avec nos deux leaders Hannes et Erik, qui confirment une fois de plus à la pédale leur top 15 au classement général.

Evidemment, la longue descente de 100 kms, vent de face, favorise un regroupement général, et au final, tout le monde se sera fait très très mal durant 85 kms, pour rien. Le début de la descente est particulièrement rapide, je fais une pointe à 97 km/h.

Satisfaction collective : toute notre équipe a survécu aux montagnes, y compris notre sprinteur, et nous nous regroupons à l’avant du peloton, juste derrière l’équipe du maillot jaune. En courant groupé et et à l’avant depuis le 1er jour de la course, nous avons acquis un certain respect des autres équipes, ce qui nous facilite désormais la tâche.

de gauche à droite : Sam, Ben, Rob, Erik
L’une de mes tâches sur ce tour est de descendre à la voiture pour récupérer du ravitaillement et des bidons pour mes coéquipiers

Une fois dans la plaine, nous restons vigilants et bien placés car le risque de bordure guette. Nous sommes désormais à « seulement » 1500m d’altitude, et je sens une nette amélioration de mes capacités physiques, pouvant tirer des longs bouts droits dans le vent pour mon équipe.

Au terme de quasiment 240 kms de course, parcourus à 49 km/h de moyenne (!), Grosu remporte une nouvelle victoire au sprint massif. Classement

Etape 9 : Jinchang –> Wuwei, 176 kms

Tout le monde était nerveux au départ de cette 9ème étape, qui intervient avant la journée de repos. Les conditions sont bien différentes : nous évoluons dans un désert sans relief, mais sous une chaleur caniculaire (42°) et avec du vent qui laisse craindre des risques bordures. Les 80 premiers kilomètres de course sont avalés à 49 km/h de moyenne avant qu’une échappée de 3 coureurs n’obtiennent enfin un bon de sortie, à la sortie de la ville de Jinchang.

Nous entrons alors dans désert pour rejoindre la ville d’arrivée de Wuwei. Le peloton est sur les nerfs pendant de nombreux kilomètres, avec un vent légèrement de côté. Nous restons bien concentrés et placés à l’avant du peloton. Mais contre toute attente, le vent tourne complètement de face, et la fin d’étape est plus tranquille.

Plusieurs chutes interviennent quand même dans les 5 derniers kilomètres, dont celle du sprinteur Grosu à quelques encablures de la ligne d’arrivée. Après la montagne, notre sprinteur J.Tipper retrouve des jambes et un terrain à sa convenance, prenant une prometteuse 11ème place. Classement

Violente chute du maillot vert E.Grosu à quelques mètres de la ligne

#6 & #7 Tour of Qinghai Lake : Toujours plus haut !

Etape 6 : « Qilian mountain climb race », 66 kms

La 6ème étape était décisive pour le classement général, figurant l’unique arrivée au sommet de ce Tour. Longue de seulement 66 kms, l’étape ressemble à une course de côte : départ à 2800m, une trentaine de kilomètre de plat avant d’enchaîner un premier col long de 12 kms, une courte descente, et un second col de 15 kms au sommet duquel est jugée l’arrivée, à 4120m d’altitude ! Notre objectif était simple : positionner le plus à l’avant possible nos deux grimpeurs, Erik et Hannes Bersgtröm. Nous faisons un bon travail et ils attaquent la montée à l’avant du peloton. Le rythme est infernal, et après avoir fait pas mal d’efforts, je m’écarte dès le pied et monte à mon rythme. Dans le second col, je me retrouve dans un petit groupe mené par la star italienne P.Pozzato, qui dicte un rythme parfaitement régulier. Je finis donc sans encombre, même si j’ai bien senti qu’à cette altitude, les muscles sont pauvrement approvisionnés en oxygène ! Hannes et Erik sont dans leur élément, et réalisent une super ascension, finissant respectivement 12 et 15ème de l’étape. Ils sont maintenant 12ème et 14ème d’un classement général qui ne devrait plus trop bouger … Cerise sur le gâteau, nous sommes 5ème/23 au classement par équipe.

Classement 

Pozzato mène mon petit groupe vers le sommet
Erik, 15ème, à 19 ans …
Victoire du maillot jaune colombien, qui accentue son avance au général

Etape 7 : Qilian–>Menyuan, 170 kms

La 7ème étape, presque entièrement disputée au dessus de 3000m, avait pour difficulté, outre l’altitude, le vent qui soufflait de côté. Le peloton a même temporairement explosé en 3 morceaux au passage du col à 3700m au milieu de l’étape. On s’attendait à une journée relativement tranquille, mais ce fut finalement une journée difficile de plus au compteur. Nous avons bien couru collectivement, protégeant au mieux nos deux coureurs placés dans le top 15 du général. Le champion de Roumanie E.Grosu remporte l’étape au sprint massif.

Classement

Classement 

#5 Tour of Qinghai Lake – le lac, enfin !

Etape 5 : Longyangxia –> Bird Island, 235 kms

La première des deux très longues étapes de ce Tour de Qinghai Lake nous emmenait justement sur les rives du lac Qinghai, plus grand lac de Chine, situé au nord-est du haut-plateau tibétain, dans l’Amdo, l’une des trois régions traditionnelles.

Le lac Qinghai est située à 3200m d’altitude, et il nous a fallu grimper deux cols de 10 kms en tout début d’étape pour parvenir à son rivage. L’équipe colombienne Manzana-Postbon imprime un bon tempo, et seule une échappée de costaud peut partir, avec notamment G.Smukulis (Delko-Marseille) et J.Mosca (Williers).

Lorsque nous rejoignons le bord du lac, le vent souffle de côté. Le peloton devient nerveux, certaines équipes sont à l’affût de la moindre occasion pour lancer un coup de bordure. Et lorsqu’une chute survient vers la 20ème position du peloton, les biélorusses de Minsk ne se gênent pas pour accélérer un grand coup. Vent de panique dans le peloton. Heureusement, je ne suis pas trop mal placé, en protection de nos deux coureurs pour le classement général (les jeunes frères suédois Erik et Hannes Bergström Frisk) que j’escorte durant toute l’étape. Il y aura une seconde alerte un peu plus loin, mais là aussi le peloton se reforme assez rapidement.

Durant l’étape, je descend régulièrement à la voiture pour remonter à boire et à manger. Je me sens plutôt bien, donc je me porte volontaire à ce travail de l’ombre. Je remonte une dizaine de bidons à chaque fois, 2 sur mon vélo et 8 dans mon dos. A 3200m d’altitude, le moindre effort est particulièrement difficile.

Porteur d’eau

Les signes du bouddhisme tibétain ornent le parcours. Nous passons devant ou dessous une multitude de constellations de drapeaux colorés, appelés drapeaux de prières, qui signifient vraisemblablement « bonne chance ».

A 10 kms de l’arrivée, l’équipe Delko-Marseille place une accélération tranchante vent de côté, ce qui fait cette fois-ci explosé le peloton pour de bon. Le peloton est réduit à une soixantaine de coureurs, qui se disputent la victoire au sprint. Je parviens à bien accompagner mes leaders jusqu’au bout, qui ne perdent pas de temps, et reste dans la course pour un bon classement général. Ce qui n’est pas le cas du leader de l’équipe italienne Williers-Triestina, I.Koshevoy, qui perd 3 minutes dans l’affaire.

Classement 

Coup de bordure des marseillais !
Victoire de l’australien Cameron Scott (Australian Cycling Academy)

Et cette longue journée n’est pas terminée… C’est le charme de ces courses qui prennent parfois des allures d’aventure ! Levé à 6h, départ à 10h pour presque 6h de vélo… ils nous a fallu faire ensuite 5-6h de bus pour gagner l’hôtel. Heureusement, les paysages sont sauvages et magnifiques. Les routes sont sécurisées et complètement fermées à la circulation pour faciliter l’avancée du convoi. Les gens sont très chaleureux et nous saluent à notre passage, parfois avec des yeux intrigués. Dans cette région très rural, la plupart des tibétains élèvent des yaks ou des montons et vivent dans de simples tentes/yourtes. A la tombée de la nuit, nous franchissons un col à plus de 4000m d’altitude, sur un semblant de route vertigineux. Nous arrivons à l’hôtel vers 22h30, la veille de l’étape 6, cruciale pour le classement général avec une arrivée au sommet à 4120m d’altitude…