2019, une page se tourne

Après 5 ans au niveau continentale et plus de 200 courses professionnelles (UCI) dans une trentaine de pays, j’ai pris la sage décision d’arrêter à ce niveau et donc de quitter mon équipe Memil-CCN Pro Cycling. Les exigences du haut-niveau ne sont pas compatibles avec mon emploi à temps plein à la chancellerie diplomatique de ambassade de France à Stockholm.

**

Pendant que je disputais la fin de saison en Suède, mon équipe continentale Memil-CCN est reparti presque un moins en Chine pour disputer le Tour de Xingtai et le Tour de Poyang Lake, que j’avais disputé en 2014. Avec une nouvelle fois un certain succès, puisque notre sprinter hollandais Roy Eefting a remporté une étape, et Erik Bergströpm Frisk, terminé 4ème du classement général.

Il était impossible pour moi d’être du voyage à cause de mon travail, marqué par le suivi attentif des élections générales en Suède. L’équipe s’oriente de plus en plus vers ce type de programme, avec de longs blocs de courses en Asie, ce qui est forcément incompatible avec un travail à temps plein. Cela a relativement bien fonctionné cette saison, mais j’ai explosé mon compteur de congés à cause des courses à l’étranger, alors même que j’ai à peine effectué les deux tiers du programme de mon équipe …

Ma motivation principale de continuer en 2018 à haut-niveau malgré mon emploi était le Tour de Qinghai Lake, course fantastique qui restera comme la dernière avec mon équipe continentale. Nous devions en effet participer au Tour de Hainan (UCI 2.HC) qui se déroule du 23 au 31 octobre, mais les organisateurs nous ont finalement retiré l’invitation lorsque des équipes « continentales pro » (2ème division) supplémentaires ont fait part tardivement de leur volonté de participer. L’incertitude du calendrier de courses, tant pour l’équipe que pour les coureurs, fait partie de la vie des équipes pros, et constitue un facteur supplémentaire de mon arrêt à ce niveau-là.

Je quitte donc l’équipe en bons termes, après avoir rempli ma part du contrat cette saison, malgré le travail qui ne m’a pas permis d’être entièrement disponible pour mon équipe. Partie intégrante des succès collectifs de l’équipe au Maroc, en Finlande et au Qinghai Lake, j’ai aussi répondu présent les rares fois où j’ai pu jouer ma carte, avec plusieurs belles échappées et quelques places d’honneur. Malgré 12 heures d’entraînement par semaine en moyenne cette saison, j’ai été physiquement constamment au niveau, et n’ai pas connu de mauvaises périodes. Le seul point noir restera ma chute au championnat de France.

Mais ce serait malhonnête de revendiquer une place dans l’équipe en 2019, alors que je ne pourrais disputer que la moitié du programme de course. Les places sont chères et beaucoup de coureurs prêts à se consacrer au vélo à 100% frappent à la porte. Je n’ai pas non plus la certitude d’être encore au niveau en ayant aussi peu de temps pour m’entraîner. Surtout, le calendrier de courses n’apportera que peu de nouveautés pour moi, et je devine que je n’aurai pas l’envie de de faire tous les sacrifices nécessaires pour refaire les mêmes courses.

Ma passion pour le vélo est intacte, tant pour la compétition que les voyages, l’aventure et la découverte. Je continuerai à courir en 2019 sur le calendrier élite suédois, sous les couleurs de Stockholm CK, en m’investissant davantage dans le club. En tant que manager de l’équipe élite, j’aurai la responsabilité de planifier et d’organiser la saison. Je n’exclue pas non plus de faire encore quelques courses à l’étranger, et ne pas être lié à une équipe continentale m’ouvre plus de possibilités. Il reste quelques courses « exotiques » dans ma liste … J’ai aussi été contacté pour être guide à vélo pour des voyages de groupes cyclo-sportifs, dans format itinérant et un esprit convivial. En bref, je vais continuer à pratiquer le vélo que j’aime !

Retour sur la fin de saison

Suite au Tour du Qinghai Lake, j’avais bon espoir de surcompenser des efforts consentis en altitude, pour profiter d’un pic de forme en cette fin de saison. Avec le boulot, je n’ai pu rouler que 10 heures par semaine en moyenne depuis mon retour de Chine, suffisant cependant pour maintenir un niveau de forme correct. J’avais coché les deux dernières manches de Coupe de Suède, courses plus longues et difficiles qui conviennent mieux à mon moteur « dieselisé » par les 14 jours de course en Chine.

Le 19 août, j’ai pris part à la 87ème éditions de la classique Västboloppet, 165 kms sur un circuit légèrement vallonné à travers les forêts de la région de Småland.

Je ne me sens pas terrible pendant les 3 premières heures de course, et prends mon mal en patience. La machine se débloque durant la 4ème et dernière heure de course, je me sens « facile », sensations classiques au retour d’une longue course par étape. Après plusieurs offensives infructueuses, nous partons à 2 à 15 kms de l’arrivée.

Nous sommes repris à 3 kms de l’arrivée par un petit groupe, et je termine 3ème de la course. Mon coéquipier Amir, 19 ans, réfugié afghan et dont le club a pris soin depuis son arrivé en Suède fin 2015, termine à une excellente 8ème place. Il progresse rapidement et a un excellent potentiel !

Le dernier objectif de ma saison était l’ultime manche de Coupe de Suède à Svanesund début septembre, sur la côte ouest au nord de Göteborg. Une course de 4 étapes en 3 jours que j’apprécie particulièrement, surtout la course en ligne du dimanche, sur un circuit vallonné  -pour la Suède -. Je mise donc tout sur cette dernière étape, qui se déroule sous un magnifique soleil de fin d’été. Vers la mi-course environ, je pars en échappée avec 5 autres coureurs, dont mon coéquipier Patrick Morén, ex-pro dans l’équipe italienne Amore-Vita. Nous perdons un norvégien téméraire qui mord la poussière après un virage attaqué à toute vitesse. A 40 kms de l’arrivée, nous ne sommes plus que 3, mais nous résistons bien.

A 10 kms de l’arrivée, nous sommes repris par un peloton amaigri, qui a violemment bouché 30 secondes dans la dernière bosse pour revenir sur nous, et je pressens un moment de flottement lors du regroupement. Après 100 kms d’échappée, je suis presque cuit, mais je fais un peu d’intox lors du regroupement en montant un talus à toute vitesse grand plateau, dans l’espoir de décourager tout le monde. Je sais que les derniers kilomètres, étroits et sinueux, sont favorables à homme seul, et je disparais vite du champs de vision du peloton.

Je prends vite 25 secondes d’avance, suffisant pour résister au peloton dans le final et ainsi remporter la course en solitaire ! 

Une belle satisfaction pour finir cette saison, avec cette victoire obtenue comme je le fais toujours en Suède, en courant pour le plaisir de manière offensive. J’ai pris ces deux dernières années beaucoup de plaisir à courir avec mon club de Stockholm CK, où règne une superbe ambiance.

Sur les dernières courses de la saison, j’a couru avant tout pour mes coéquipiers, notamment Amir (casque orange à gauche sur la photo), et terminé 10ème, 7ème, et 4ème.

Patrick, 2ème de la dernière course en ligne de la saison.

Notre dernière course sur route (le 30 sept), était un contre-la-montre par équipe de 63 kms, sur vélos de route traditionnels, que nous avons remporté avec patrick, Léo, et Amir. Autant je n’aime pas les contre-la-montre individuel où je n’arrive pas à tirer le meilleur de moi-même, autant j’aime de plus en plus les chronos par équipe, où l’émulation aide beaucoup à se surpasser.

Pendant ce temps-là… quid de mon équipe continentale Memil-CCN ? Je vais poster rapidement un article à ce sujet…

Retour sur le Tour of Qinghai Lake.

3 semaines se sont écoulées depuis la fin du Tour of Qinghai Lake. Elles sont passées à toute vitesse, je suis retourné au travail aussitôt rentré, la vie a repris son cours, mais les souvenirs de cette course incroyable vont longtemps restés. J’avais entendu la « légende » de cette course. J’avais entendu de nombreuses fois qu’il existait deux sortes de coureurs : ceux qui ont fait – et terminé – le Tour of Qinghai Lake, et les autres. Cette épreuve, au sens »Test qui permet de juger la valeur de. », me faisait rêver, et faisait partie d’une des dernières courses-aventures que je voulais absolument faire avant d’arrêter le vélo à haut-niveau. J’avais donc beaucoup d’attentes. Je n’ai pas été déçu.

Le Tour du Lac Qinghai a rassemblé tout ce que j’aime dans le vélo. Un voyage nouveau et lointain, à la découverte de paysages à couper le souffle et d’une culture tibétaine exceptionnellement riche. Un contexte géopolitique passionnant : la Chine, et a fortiori le Tibet, est un passionnant cas d’étude pour tout intéressé de sciences politiques et sociales. Un défi sportif immense et inédit, par la longueur de la course, l’adversité, et surtout l’altitude, qui exige une gestion extrêmement fine de l’effort. Une aventure humaine formidable au sein d’une équipe et d’un staff issue de 7 pays différents. Une compétition intense couronnée de succès collectifs, avec notamment une victoire d’étape et une 5ème place au classement par équipe.

La course, et plus généralement le voyage, fut ainsi une belle réussite. Et j’ai bien failli ajouter une jolie cerise sur le gâteau… Lors de la 13ème et dernière étape, disputée à la vitesse moyenne folle de 51km/h, je m’échappe à environ 30 kms de l’arrivée. Nous sommes 7, toutes les équipes majeurs sont représentées. Les relais s’enchaînent bien, je suis accompagné par des coureurs très costauds : Siskevicius pour Marseille, Mosca pour Williers, Bazhou pour Minsk, un kazakh, un hollandais, et un japonais de Nippo-Vini Fantini.

Nous comptons jusqu’à 50 secondes d’avance à 15 kms de l’arrivée. Je ne suis habituellement pas vraiment optimiste lorsque je suis dans une échappée, mais cette fois, j’y crois vraiment. Nous sommes dans les 10 derniers kilomètres des 1841 kms de la course, et je n’ai jamais eu d’aussi bonnes sensations. Mais le peloton n’abdique pas, c’est la dernière étape, et toutes les équipes veulent s’offrir une dernière chance de l’emporter. Nous gardons un rythme soutenue, au dessus de 50km/h, mais le peloton roule encore plus vite. La meute fond sur nous. L’échappée commence à se désorganiser, à s’attaquer, et je suis le dernier à être repris, à 3 kms de l’arrivée… si proche et si loin à la fois.

Peu importe. Depuis l’année dernière, je donne toujours mon maximum, mais ne cours plus après des résultats individuelles. Ce n’est plus ma motivation principale. Je cours pour le collectif, je prends des échappée, je profite des voyages. Cela ne durera pas éternellement.

#10 & #11 Tour of Qinghai Lake. Fin de traversée du désert…

Etape 10 : Minqin –> Tengger Desert, 125 kms

La 10ème étape, le 1er août, intervenait au lendemain d’une journée de repos salvatrice. Celle-ci est obligatoire sur les rares courses dépassant les 10-12 étapes. Nous avons roulé une heure, fait un peu de tourisme, et nous nous sommes évidemment beaucoup reposés.

Visite d’un majestueux temple bouddhiste

Se déroulant littéralement dans le désert, c’était sans doute la dernière étape à même de bouleverser le classement général de ce Tour, avec un fort vent menaçant de faire exploser la course. Tout le peloton en est conscient, et la course ressemble davantage à une classique d’un jour, où l’on doit se donner à 100% du début à la fin. Il faut rester concentré en permanence, batailler pour gagner chaque centimètre carré dans le peloton, guetter le moindre changement de direction et les mouvements des équipes adverses. C’est nerveusement épuisant.

Successivement, les croates d’Adria Mobil et les français de Delko Marseille vont lancer des coup de bordures. Nous ne nous laissons pas surprendre, et sommes à chaque fois bien placés. Le peloton se casse par moment, mais se regroupe à chaque fois, à la faveur de portions vent de face. C’est donc au sprint massif que se joue l’étape, avec la victoire du serbe D.Rajovic. Objectif accompli pour notre part, ayant protégés nos leaders qui sont passés au travers des chûtes et n’ont pas perdu de temps.                                  Classement 

Etape 11 : Zhongwei, 110 kms

Les 3 étapes restantes sont plates, courtes (environ 110 kms) et se déroulent en centre-ville sur de larges avenues. Nous avons carte blanche pour tenter de prendre l’échappée, avant de travailler pour notre sprinter anglais J.Tipper en cas d’arrivée au sprint.

Les jambes répondent bien (nous ne sommes plus qu’à 1500 m d’altitude), et je prends plusieurs courtes échappées. Mais l’allure ne faiblit jamais (49,6 km/h de moyenne), et le sprint massif est inévitable. Nous sommes tous regroupés, à l’affût, et remontons parfaitement notre sprinteur dans les ultimes kilomètres.

Le dernier lanceur, Sam, dépose Tipper à 200m, qui s’envole vers la victoire ! Enorme succès pour notre équipe, sur une course  de classe hors-catégorie, face à des équipes de divisions supérieures ! Nous n’avons jamais perdu confiance en notre sprinter, qui n’était pourtant pas rentré dans le top 10 d’une étape. Nous savions qu’il avait la vitesse pour gagner, il n’est simplement par le meilleur pour « frotter » et jouer des coudes, pas le plus fou en somme. Il a besoin d’être amené le plus proche possible de la ligne, ce que nous avons réussi à faire aujourd’hui, et il l’emporte sans contestation !

Notre Tour est déjà réussi, le moral est au beau fixe, et les deux étapes restantes ne sont que du bonus !

Classement 

#8 & #9 Tour of Qinghai Lake

Etape 8 : Qingshizui –> Zhangye, 239 kms

Dernière journée à haute altitude, avec deux cols à plus 3700m à franchir en début d’étape. La seconde partie du parcours présente une longue descente progressive jusqu’à 1500m d’altitude.

Le départ est très rapide, cette dernière étape montagneuse déchaine les ardeurs des baroudeurs / grimpeurs qui veulent en profiter, avant les 5 dernières étapes plates. Après une longue bagarre, une échappée de 5 costauds se détachent, avec plusieurs coureurs bien classés au général, comme le kazakh I.Davidenok (7ème). Ce dernier, vainqueur du Tour de Qinghai Lake 2014, fut ensuite déclassé suite à un contrôle anti-dopage positif…

Les colombiens de Manzana Postobon sont ainsi mis à rude épreuve, mais n’ont aucun problème à imprimer un tempo élevé en montée pour maintenir l’échappée à portée de fusil. Dans le second col après 80 kms de course, ils se permettent même de faire complètement exploser le peloton ! Il n’y a plus que 15 coureurs dans le premier groupe, avec nos deux leaders Hannes et Erik, qui confirment une fois de plus à la pédale leur top 15 au classement général.

Evidemment, la longue descente de 100 kms, vent de face, favorise un regroupement général, et au final, tout le monde se sera fait très très mal durant 85 kms, pour rien. Le début de la descente est particulièrement rapide, je fais une pointe à 97 km/h.

Satisfaction collective : toute notre équipe a survécu aux montagnes, y compris notre sprinteur, et nous nous regroupons à l’avant du peloton, juste derrière l’équipe du maillot jaune. En courant groupé et et à l’avant depuis le 1er jour de la course, nous avons acquis un certain respect des autres équipes, ce qui nous facilite désormais la tâche.

de gauche à droite : Sam, Ben, Rob, Erik
L’une de mes tâches sur ce tour est de descendre à la voiture pour récupérer du ravitaillement et des bidons pour mes coéquipiers

Une fois dans la plaine, nous restons vigilants et bien placés car le risque de bordure guette. Nous sommes désormais à « seulement » 1500m d’altitude, et je sens une nette amélioration de mes capacités physiques, pouvant tirer des longs bouts droits dans le vent pour mon équipe.

Au terme de quasiment 240 kms de course, parcourus à 49 km/h de moyenne (!), Grosu remporte une nouvelle victoire au sprint massif. Classement

Etape 9 : Jinchang –> Wuwei, 176 kms

Tout le monde était nerveux au départ de cette 9ème étape, qui intervient avant la journée de repos. Les conditions sont bien différentes : nous évoluons dans un désert sans relief, mais sous une chaleur caniculaire (42°) et avec du vent qui laisse craindre des risques bordures. Les 80 premiers kilomètres de course sont avalés à 49 km/h de moyenne avant qu’une échappée de 3 coureurs n’obtiennent enfin un bon de sortie, à la sortie de la ville de Jinchang.

Nous entrons alors dans désert pour rejoindre la ville d’arrivée de Wuwei. Le peloton est sur les nerfs pendant de nombreux kilomètres, avec un vent légèrement de côté. Nous restons bien concentrés et placés à l’avant du peloton. Mais contre toute attente, le vent tourne complètement de face, et la fin d’étape est plus tranquille.

Plusieurs chutes interviennent quand même dans les 5 derniers kilomètres, dont celle du sprinteur Grosu à quelques encablures de la ligne d’arrivée. Après la montagne, notre sprinteur J.Tipper retrouve des jambes et un terrain à sa convenance, prenant une prometteuse 11ème place. Classement

Violente chute du maillot vert E.Grosu à quelques mètres de la ligne